La jonction de deux mouvements – l’émergence d’une justice digitale d’une part et le développement d’une justice alternative porté par les pouvoirs publics français et européens d’autre part – crée un contexte favorable au déploiement en France de services en ligne de règlement extrajudiciaire des différends (services e-RED). Si une telle offre est apparue en Amérique du nord dès la fin des années 90, ce n’est que récemment que des startups de la legaltech mais aussi des professions réglementées ou encore des acteurs traditionnels de la justice alternative, ont entrepris de développer en France des services dématérialisés de conciliation, de médiation et d’arbitrage, en offrant des degrés variables de digitalisation du processus de règlement des différends pouvant aller de la simple saisine en ligne à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Ces prestations en ligne soulèvent de multiples questionnements qui pour certaines sont liés à la nature des services offerts. Quels sont les processus de règlement du différend mis en œuvre par ces services e-RED ? Comment cette offre est-elle reçue par les justiciables ? Quelles perspectives de développement l’intelligence artificielle offre-t-elle à cette justice alternative en ligne ? D’autres, plus fondamentaux, sont liés aux bouleversements induits par ces offres dans la manière de penser et de faire justice. Les services de règlement extrajudiciaire des différends participent-ils à l’offre de justice ? Peuvent-ils être envisagées comme les vecteurs d’une justice plus accessible ? Permettent-ils de préserver l’effectivité des droits des justiciables ? Les difficultés rencontrées par les services e-RED émergents pour pérenniser leurs offres et convaincre les justiciables que les prestations qu’ils proposent participent des procédés de justice amènent à questionner les orientations de la France qui encourage les offres privées de e-justice alternative sans penser leur articulation avec le service public de la justice pourtant lui aussi engagé dans un processus de digitalisation. Les modèles de développement d’une justice en ligne retenus par d’autres pays amènent à envisager une autre voie.
English version below / Résumé en anglais
The convergence of two movements—the emergence of digital justice on the one hand, and the development of alternative dispute resolution promoted by French and European public authorities on the other—has created a favorable context for the deployment in France of online extrajudicial dispute resolution services (e-ADR services). While such offerings appeared in North America as early as the late 1990s, it is only recently that legaltech startups, as well as regulated professions and traditional actors in alternative justice, have begun to develop dematerialized conciliation, mediation, and arbitration services in France. These services provide varying degrees of digitalization in the dispute resolution process, ranging from simple online referral to the use of artificial intelligence.
These online services raise a number of questions, some of which relate to the nature of the services offered. What dispute resolution processes are implemented by these e-ADR services? How are they perceived by users? What development prospects does artificial intelligence offer for this form of online alternative justice? Other, more fundamental questions concern the transformations these services bring about in how justice is conceived and delivered. Do extrajudicial dispute resolution services form part of the broader justice system? Can they be seen as vehicles for more accessible justice? Do they ensure the effective protection of users’ rights?
The difficulties encountered by emerging e-ADR services in sustaining their business models and in convincing users that the services they provide genuinely constitute forms of justice call into question the policy direction adopted in France. This approach encourages private e-ADR offerings without sufficiently considering their articulation with the public justice system, which is itself undergoing a process of digital transformation. The development models adopted by other countries suggest that alternative pathways may be worth exploring.