Mauvaises filles, des récits de soi. Projet de recherche et de création sonore

Auteur•rice•s

David NIGET, Damien HAMARD

Publication

19 Oct. 2026

Ce rapport constitue le livrable final du projet Mauvaises filles. Des récits de soi, soutenu par l’Institut Robert Badinter, qui articule création documentaire, recherche historique et réflexion archivistique autour de l’expérience des femmes placées en institutions de protection de la jeunesse en France (1945-1990). Le projet a d’abord donné lieu à une série documentaire radiophonique en sept épisodes, réalisée par Émérance Dubas avec Annabelle Brouard, dressant les portraits de huit femmes ayant connu les internats de rééducation. Le rapport prolonge cette création par une double contribution : un guide méthodologique de collecte d’archives privées, élaboré dans le cadre du programme MatriArchives, un projet de recherche soutenu en 2024 par la MSH Ange-Guépin (Unité d’Appui et de Recherche du CNRS) et un pré-inventaire du fonds d’archives Émérance Dubas.

Le guide méthodologique, à la croisée de l’histoire sociale, de l’histoire du genre, de l’archivistique critique et de l’histoire publique, rappelle que les archives institutionnelles, d’une extrême richesse, sont aussi profondément normatives, intrusives et sélectives : elles documentent les corps, les conduites et les psychismes des jeunes femmes placées tout en invisibilisant leurs subjectivités. Les archives privées permettent de déplacer le regard en donnant accès à des savoirs situés, à des émotions historiquement construites et à des formes ordinaires de résistance, et d’interroger les mécanismes d’injustice épistémique qui ont disqualifié ces expériences.
La collecte y est pensée comme un processus scientifique, éthique et politique, fondé sur des pratiques archivistiques informées par le trauma : consentement processuel et réversible, droit au silence, contrôle des personnes concernées sur leurs archives. Cette démarche a été co-construite lors du séminaire participatif des 1er et 2 juillet 2024, réunissant l’équipe du projet, la réalisatrice et trois femmes directement concernées — première expérimentation du protocole avant sa formalisation. Le guide en restitue les principes sous forme d’outils concrets (fiches pratiques, check-lists, modèles de contrats).
Le fonds Dubas, donné à l’université d’Angers, rassemble plus de 2 500 fichiers issus de la captation de douze témoignages : 49 heures de rushes sonores, transcriptions, 210 photographies, documents contractuels et éditoriaux. Le choix d’un pré-inventaire, plutôt que d’un instrument de recherche exhaustif, répond à un principe directeur : rendre visible sans exposer. La description signale l’existence et la nature des sources tout en suspendant l’accès aux contenus sensibles, conditionné aux délais de communicabilité définis avec chacune des témoins. Pris ensemble, ces deux volets constituent une étape structurante d’un programme de recherche et d’archivage au long cours, relevant de la science participative et de l’histoire publique, intégrant la production contemporaine d’archives par les personnes concernées (ateliers d’écriture et de création) et offrant un cadre transférable à d’autres projets portant sur des populations vulnérabilisées et des archives sensibles.

Le podcast – Pour écouter les 7 épisodes

Le site dédié

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