Le Prix Jean Carbonnier 2025, organisé par l’Institut Robert Badinter, en partenariat avec les éditions Lefebvre Dalloz, a été attribué à Nathan Rivet, pour sa thèse « Former l’État par sa privatisation. Le recours au secteur privé dans les prisons françaises », réalisée sous la direction de Jérôme Pelisse et soutenue le 15 novembre 2024 à Sciences Po Paris.
Gabriel Stettler a reçu la mention spéciale du jury pour sa thèse « Discours juridique et discours scientifique en droit de la responsabilité civile« , réalisée sous la direction de Jean-Sébastien Borghetti et soutenue le 10 décembre 2024 à l’Université Paris-Panthéon Assas.
Le Prix Jean Carbonnier fête cette année sa vingtième édition. Créé en 2005, il récompense les travaux issus d’une thèse ou un premier ouvrage portant sur le droit ou la justice, quelle que soit la discipline des sciences humaines et sociales concernée.

Former l’État par sa privatisation. Le recours au secteur privé dans les prisons françaises.
La thèse de Nathan Rivet met en lumière un paradoxe : alors que le secteur privé se développe, l’État ne se retire pas mais, au contraire, se forme par la privatisation. En plus de servir le renouvellement et l’extension de l’infrastructure carcérale, la gestion déléguée modifie en profondeur les hiérarchies professionnelles et morales de cet univers : elle redéfinit le rôle de l’État et de ses agents.Face aux incertitudes et aux tensions ouvertes par la réforme qu’elle a elle-même engendrée, l’administration se bureaucratise pour contrôler les entreprises et la conformité de leur activité. Cette dynamique, qui participe à la rationalisation et à la formalisation du quotidien carcéral, illustre alors l’ambivalence du secteur public vis-à-vis du marché de la gestion déléguée, dont il est à la fois captif et architecte. En réformant, déformant, informant et transformant l’action publique, l’administration et les frontières étatiques, le recours au secteur privé modifie ainsi la perception et la compréhension de l’État par celles et ceux qui le côtoient et le font exister.
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A propos de Nathan Rivet
Nathan Rivet, sociologue, est chercheur au Centre Maurice Halbwachs (CNRS – EHESS – ENS – INRAE) et enseignant à l’École Normale Supérieure de Paris (2023-2026), où il anime des séminaires en sociologie du droit, science politique et méthodes ethnographiques. Membre du réseau thématique « Sociologie du droit et de la justice » (RT13) de l’Association Française de Sociologie depuis 2021, il en est co-responsable depuis 2025. Ses travaux explorent les transformations contemporaines de l’État et de ses administrations, notamment dans le champ pénitentiaire et les relations public-privé (marchés publics, partenariats, privatisations). Lauréat du premier prix de thèse de la Cour des comptes (2025) et du prix jeune auteur de la Revue Française de Socio-Économie, il a également été invité à la London School of Economics en 2022.

Discours juridique et discours scientifique en droit de la responsabilité civile.
Ce travail de recherche s’intéresse à l’impact des connaissances scientifiques sur la mise en oeuvre du droit de la responsabilité civile. Il part du constat partagé selon lequel les victimes de dommages sont confrontées à des questions d’une grande complexité scientifique, en particulier dans les domaines de la responsabilité environnementale et médicale. Si ces difficultés ont déjà été largement documentées en ce qui concerne la preuve du lien de causalité, une analyse approfondie des interactions entre les connaissances scientifiques et le droit de la responsabilité civile montre que toutes les étapes de mise en oeuvre de ce droit sont concernées, de la preuve du fait générateur à celle du dommage/préjudice, en passant par la question de la prescription ou de la mise en oeuvre de la réparation en nature. La prise en compte nécessaire des connaissances scientifiques engendre plusieurs difficultés. En premier lieu, la confrontation des experts donne souvent lieu à des batailles scientifiques que le juge est bien en peine de départager. En second lieu, les experts parviennent rarement à répondre avec certitude aux questions qu’on leur pose, ce qui prive le jugement d’un appui incontestable.
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A propos de Gabriel Stettler
Gabriel Stettler est maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Titulaire d’une double licence en droit (Paris-Panthéon-Assas) et en mathématiques (Université Pierre-et-Marie-Curie), il a développé très tôt une approche croisant sciences et droit. Après un Master 2 de droit privé général, il consacre ses premiers travaux aux incertitudes scientifiques en droit de la responsabilité environnementale puis à l’admissibilité de la preuve scientifique en droit nord-américain. Sa thèse intitulée Discours juridique et discours scientifique en droit de la responsabilité, a été récompensée par plusieurs distinctions, dont le prix de thèse de l’Université Paris-Panthéon-Assas, le prix de la revue Responsabilité civile et assurance, ainsi qu’une mention spéciale 2025 du prix Jean Carbonnier.
Ses travaux actuels interrogent le rôle de l’expertise scientifique dans les contentieux climatiques émergents, qu’ils soient civils, administratifs ou pénaux. Ils visent également à identifier les leviers juridiques de la transition écologique en analysant comment les différentes branches du droit peuvent contribuer aux transformations rendues nécessaires par les crises environnementales.

