Lundi 16 mars 2026, l’Institut Robert Badinter a célébré les 20 ans du prix Jean Carbonnier et remis le prix 2025. La cérémonie a été organisée à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en partenariat avec les éditions Lefebvre Dalloz. L’événement a réuni universitaires, chercheurs, anciens, actuels et futurs membres du jury, représentants des institutions et partenaires autour des travaux distingués par le jury.
En préambule, Valérie Sagant, directrice de l’Institut Robert Badinter, a rappelé la singularité du prix qui valorise une recherche exigeante, interdisciplinaire, attentive aux pratiques et aux réalités sociales du droit. « Dans un contexte où les enjeux de justice occupent une place croissante dans le débat public, ce prix rappelle le rôle essentiel de la recherche pour éclairer les politiques publiques et nourrir une réflexion collective sur l’État de droit ».
Le prix Jean Carbonnier 2025 a été attribué à Nathan Rivet pour sa thèse « Former l’État par sa privatisation. Le recours au secteur privé dans les prisons françaises », réalisée sous la direction de Jérôme Pélisse et soutenue le 15 novembre 2024 à Sciences Po Paris.

Valérie Sagant, directrice de l’Institut Robert Badinter, Nathan Rivet, lauréat du prix Jean Carbonnier 2025 et Hélène Hoch, représentante des éditions Lefebvre Dalloz
Diane Roman, présidente du jury du prix Jean Carbonnier 2025, a souligné : « dans cette thèse passionnante, travail de sociologie pénitentiaire approfondi, Monsieur Rivet nous éclaire sur le recours au secteur privé, […] prend des objets juridiques pour les analyser dans une perspective sociologique avec des enquêtes de terrain.»
Au cours de la soirée, Nathan Rivet a pu présenter ses travaux lors d’un échange avec Laurent Willemez, membre du jury, professeur de sociologie à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.
Lire le résumé de la thèse de Nathan Rivet
Lire le discours de Nathan Rivet
Le jury a également décerné une mention spéciale à Gabriel Stettler pour sa thèse « Discours juridique et discours scientifique en droit de la responsabilité civile », réalisée sous la direction de Jean-Sébastien Borghetti et soutenue le 10 décembre 2024 à l’université Paris-Panthéon-Assas.

Valérie Sagant, directrice de l’Institut Robert Badinter, Gabriel Stettler, mention spéciale du prix Jean Carbonnier 2025 et Hélène Hoch, représentante des éditions Lefebvre Dalloz
Diane Roman a également salué « une étude tout aussi passionnante des interactions entre le discours juridique et le discours scientifique en droit de la responsabilité civile », mettant en lumière l’originalité du travail.
Gabriel Stettler a quant à lui échangé avec Marc Pichard, membre du jury, professeur de droit privé à l’université Paris Nanterre.
Lire le résumé de la thèse de Gabriel Stettler
Lire de le discours de Gabriel Stettler
« Nous accompagnons depuis 2017 la remise du prix Jean Carbonnier, et pour Lefebvre Dalloz ce partenariat a du sens. Je félicite les lauréats et leur souhaite une belle continuation dans leur carrière » a déclaré Hélène Hoch, représentante des éditions Lefebvre Dalloz.

Marc Pichard, Gabriel Settler, Valérie Sagant, Laurent Willemez et Hélène Hoch, lors de la remise du prix Jean Carbonnier 2025
Un hommage rendu aux 20 ans de la création du prix
Dans le prolongement du prix 2025, l’Institut Robert Badinter a réuni plusieurs grands témoins des deux dernières décennies pour rendre hommage à celles et ceux qui ont contribué à créer, puis faire vivre le prix Jean Carbonnier.
Pour Valérie Sagant, directrice de l’Institut Robert Badinter « Georges Garrioud, directeur de recherche, Yann Aguila, conseiller d’État puis avocat et Jean-Paul Jean, haut magistrat, ont créé ce prix Jean Carbonnier dans l’objectif d’établir un pont entre la recherche la plus exigeante et l’état de la société : les pratiques judiciaires, le fonctionnement réel des institutions et les attentes des citoyens. »
Ce qu’a confirmé Yann Aguila, également ancien directeur de la Mission de Recherche Droit et Justice entre 2003 et 2009 : « l’ambition était de créer une passerelle entre les disciplines, encourager une recherche ouverte et curieuse. 20 ans après le pari est gagné. »

Antoine Bailleux, Jean-Michel Sommer, Valérie Sagant, Yann Aguila, Victoria Vanneau lors de la cérémonie des 20 ans du prix Jean Carbonnier
Victoria Vanneau, cheffe du pôle scientifique à l’Institut Robert Badinter a procédé à une analyse historique du prix (à retrouver dans le recueil du prix – voir par ailleurs) :
« Depuis sa création, ce sont 69 personnalités qui ont été membre du jury, soit 24 femmes et 45 hommes. La présidence du prix, quant à elle, a été occupée par 5 hommes et 1 femme au cours de ces 20 dernières années. Depuis 2005, date de la remise du 1er prix, celui-ci a été majoritairement attribué à des femmes plutôt qu’à des hommes. Près de deux candidatures sur trois sont des candidatures féminines. Les thèses récompensées par le prix ou par une mention spéciale ont été soutenues à 50% dans des établissements du supérieur parisiens contre 32% en Ile de France et régions et 18% dans un établissement universitaire étranger. »
Le parcours d’Antoine Bailleux, professeur à l’université Saint Louis de Bruxelles illustre également la dimension francophone du prix, dépassant les frontières hexagonales : « J’étais à votre place, Messieurs Rivet et Stettler, recevant cette distinction des mains de Guy Canivet alors membre du Conseil constitutionnel, premier président honoraire de la Cour de cassation et aussi en présence de Jean-Louis Debré, président à l’époque du Conseil constitutionnel. On y apprenait que j’étais le premier lauréat non français de ce prix et ce en dépit de citations en néerlandais non traduites qui émaillaient ma thèse. J’y ai vu une magnifique reconnaissance pour la Belgique et pour l’ADN interdisciplinaire de l’université dont je suis issu, l’université Saint-Louis et de l’UC Louvain Saint-Louis maintenant mais aussi le signe d’une remarquable ouverture d’esprit de la part des milieux académiques et judiciaires français. »
Lire le discours d’Antoine Bailleux
Enfin, Jean-Michel Sommer et Diane Roman ont livré un témoignage personnel sur leur engagement en tant que président et présidente du jury respectivement de 2021 à 2023 et de 2023 à 2025 pour garantir l’esprit et l’exigence du prix.
« Que vive le prix Jean Carbonnier ! » a conclu la famille de Jean Carbonnier dans un beau texte lu lors de cette soirée.

La campagne 2026 du prix Jean Carbonnier a été lancée le 23 février 2026.
La date limite de dépôt des dossiers de candidature est fixée au 15 avril 2026.
La campagne de candidatures 2025 a recueilli 63 candidatures (dont 52 recevables), contre 57 en 2024.
Le recueil du prix Jean Carbonnier
Pour les 20 ans du prix Jean Carbonnier de la recherche sur le droit et la justice, l’Institut Robert Badinter a souhaité célébrer l’événement en refondant le Recueil des prix que la Mission de recherche Droit et Justice lui avait consacré en 2020 pour sa quinzième année d’existence.
L’Institut a souhaité saluer l’investissement de toutes celles et tous ceux qui ont fait vivre ce prix au fil des années. Au-delà de la promotion de ce prix prestigieux, ce Recueil a pour ambition de revenir sur les origines du prix et sa longue maturation et de rendre hommage aux lauréats et lauréates et aux personnalités qui ont participé au jury comme membre ou qui l’ont présidé. Il est l’occasion de dresser le portrait sociologique de toutes celles et de tous ceux dont les travaux de thèse ont été récompensés, mais aussi d’analyser la nature même des travaux primés.