Corps et surveillance : enjeux sociaux et juridiques du recours aux scanners corporels et à l’évaluation du comportement des personnes dans les aéroports

Auteur•rice•s

Manon BEAUCOURT, Emmanuel DROIT

Publication

Sep. 2022

Depuis une décennie en France, scanners corporels et méthodes d’analyse comportementale sont venus s’ajouter à la panoplie de techniques et technologies destinées à protéger l’aviation civile des actes malveillants. Utilisés conjointement, ces outils permettent à la fois de répondre à l’impératif de « filtrage » des passagers et d’adapter l’intensité des contrôles selon le niveau de risque de chaque voyageur. À partir de l’analyse de sources écrites (littérature grise, technique, juridique, institutionnelle, etc.) et la conduite d’entretiens semi-directifs menés auprès d’acteurs clefs (entreprises, institutions, associations, etc.), cette recherche explore les enjeux juridiques et sociaux posés par l’introduction de ces deux techniques comme outils de lutte contre le terrorisme.
La première partie du rapport présente le contexte et les principales caractéristiques techniques des scanners corporels et de l’évaluation du comportement des personnes (ECP). La deuxième partie interroge l’encadrement juridique des scanners corporels en France et en Europe en le contextualisant dans l’ensemble des réglementations qui régissent les fouilles corporelles préventives. Elle discute des libertés et des droits fondamentaux potentiellement atteints par le recours à ces technologies et propose une analyse des choix réalisés par la Commission européenne et le législateur français pour concilier les exigences de sécurité et les libertés publiques en cette matière. La troisième et dernière partie revient quant à elle sur les fondements théoriques du programme français d’évaluation du comportement des personnes (ECP). Elle relève les critiques et les oppositions qui ont pu être formulées à l’encontre des outils d’analyse comportementale en Europe et aux États-Unis et discute des différents enjeux posés par l’utilisation de ces techniques dans les aéroports, notamment du point de vue des professionnels et acteurs institutionnels du secteur. En portant une attention aux dimensions à la fois juridiques, techniques, scientifiques, institutionnelles et sociales de ces dispositifs, la recherche met en exergue les tensions qui peuvent découler de la confrontation de ces différents champs d’action, marqués respectivement par des intérêts et des injonctions spécifiques. Elle propose en outre une réflexion sur les évolutions contemporaines de la surveillance telles que la privatisation des missions de sécurité et l’automatisation des contrôles.
Cette étude s’inscrit dans le prolongement d’un projet collectif soutenu par la Fondation allemande Gerda Henkel et dirigé par Emmanuel Droit, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Strasbourg. Elle s’appuie en outre sur les recherches menées dans le cadre de la thèse de doctorat en sociologie de Manon Beaucourt dirigée par Nicoletta Diasio, professeure de sociologie et d’anthropologie à l’université de Strasbourg.

English version below / Résumé en anglais

For a decade in France, body scanners and behavioural analysis programs have gradually been added to the range of techniques and technologies designed to protect airports against malicious acts. Used together, these two measures make it both possible to meet the need to « screen » passengers and to individualize surveillance according to the risk level of each traveler. Based on the analysis of written sources (gray, technical, legal, institutional literature, etc.) and semi-structured interviews conducted with key actors (companies, institutions, NGOs, etc.), this research explores the legal and social issues raised by the introduction of these two techniques as tools to fight terrorism. The first part of the report presents the context and the main technical characteristics of full body scanners and the French behavioural analysis program (Évaluation du comportement des personnes). The second part examines the legal framework for body scanners in France and Europe by contextualizing it within the body of regulations governing preventive body searches. It discusses the fundamental rights and freedoms potentially affected by the use of these technologies and proposes an analysis of the choices made by the European Commission and the French legislator to balance the security requirements and public freedoms in this respect. The third and last part of the study reviews the theoretical foundations of the French behavioural analysis program. It highlights the criticisms and opposition that have been expressed against behavioural analysis tools in Europe and the United States and discusses the various issues raised by the use of these techniques in airports, particularly from the point of view of professionals and institutional players in the sector. By focusing on the legal, technical, scientific, institutional and social dimensions of these devices, the research underlines the tensions that can arise from the confrontation of these different fields of action, marked respectively by specific interests and injunctions. It also discuss contemporary developments in surveillance, such as the privatization of security missions and the automatization of controls. This study is the continuation of a collective project supported by the German Gerda Henkel Foundation and directed by Emmanuel Droit, Professor of Contemporary History at the University of Strasbourg. It is also based on researches carried out as part of Manon Beaucourt’s doctoral thesis in sociology and supervised by Nicoletta Diasio, Professor of Sociology and Anthropology at the University of Strasbourg.