Alors que l’intelligence artificielle occupe le devant de la scène médiatique et scientifique, l’avènement des mondes immersifs reste en comparaison très à la marge des réflexions sur le numérique. Sans doute parce que les technologies de réalité virtuelle et augmentée demeurent aujourd’hui encore trop coûteuses et insuffisamment ergonomiques pour connaître un développement et une consommation de masse propres à attirer l’attention. Mais cette
situation est déjà en train d’évoluer avec des équipements dont les prix et la taille diminuent, des usages qui s’inventent et des applications qui se multiplient dans des secteurs aussi variés que l’industrie, l’éducation, la santé… et désormais aussi, la justice.
Ce serait ainsi une erreur de ne pas s’intéresser dès maintenant aux premières expériences de réalité virtuelle et augmentée dont il est fait usage en justice même à titre purement expérimental. Car ces technologies qui recourent à des stimulations visuelles et sonores produites par l’informatique portent en elles un potentiel de transformation majeur pour les usagers : elles modifient notre perception du réel, proposent des expériences individuelles ou collectives construites sur mesure à des fins particulières, génèrent des relations inédites entre mondes physiques et numériques et offrent de nouvelles façons d’agir sur notre environnement. Autant de situations qui peuvent venir sinon heurter, tout au moins interroger nos conceptions traditionnelles de l’exercice de la justice en les renouvelant.
Conforme à notre mission d’explorer les futurs possibles de la justice, cette troisième Conférence Cyberjustice Europe organisée par l’Institut Robert Badinter, le Laboratoire de cyberjustice de l’université de Montréal et le Conseil de l’Europe, donne la parole aux équipes de recherche et aux expertes et experts qui se sont penchés sur les usages des mondes immersifs aux fins de repérer les enjeux techniques, procéduraux, mais aussi éthiques et juridiques au regard des droits fondamentaux avec pour objectif de guider leur possible utilisation dans le cadre des missions de la justice.
Résumé en anglais / english version below
Compared to artificial intelligence, the rise of immersive environments remains very much on the fringes of discussions about digital technology. Long considered too expensive and not user-friendly enough, the equipment is evolving, new uses are being invented, and applications are now multiplying in the justice sector as well. Visual and auditory stimuli hold the potential for major transformation: they alter our perception of reality, offer structured individual or collective experiences, and provide new ways of interacting with our environment. These are all situations that may, if not challenge, then at least call into question our traditional conceptions of the administration of justice by renewing them. The conference gave a platform to research teams and experts who have examined the uses of immersive environments in order to identify the technical, procedural, ethical and legal challenges with regard to fundamental rights, with the aim of guiding their potential use within the context of the justice system’s remit.
