Depuis cinq ans en matière correctionnelle, quatre en matière criminelle et contraventionnelle, la motivation des peines est passée du statut d’exigence prétorienne, progressivement généralisée en 2017/2018 par le double effet d’une « révolution de palais » et d’une consécration constitutionnelle, à celui d’exigence légale formalisée par l’importante loi du 23 mars 2019 qui a pris acte de cette évolution.
La jurisprudence développée par la Cour de cassation pour préciser les critères de la motivation, en fonction du type de peine et de contentieux, ainsi que l’étendue de son contrôle du respect de cette exigence, vise à rendre pleinement effective la motivation désormais envisagée comme un « tout » dont les juridictions de jugement doivent rendre compte. Cette jurisprudence ne permet toutefois pas, à elle seule, de s’assurer que la généralisation de l’exigence de motivation se vérifie dans la pratique de toutes les juridictions du fond, quelle qu’en soit la taille et la teneur du contentieux qu’elles traitent, en première instance ou en appel. Plus encore, reste entière la question de savoir si elle peut s’appliquer de la même manière à toutes les peines.
Or il y a là autant de paramètres dont seule l’observation, in vivo, de l’exigence de motivation peut rendre compte. Tel a été l’enjeu de la présente recherche, initiée en mars 2019 par une équipe de chercheurs du CDPC et du CERCOP des Universités de Paris Nanterre et Montpellier sous l’égide de la Mission de recherche Droit et Justice, dont l’ambition a été d’aborder ces questions en procédant à une capture de la pratique judiciaire concomitante de l’émergence, puis de l’installation de l’exigence de motivation de la peine en France.
Pour cela, nous avons privilégié une approche de sociologie judiciaire reposant, d’une part, sur une analyse de plus de 1 000 jugements et arrêts recueillis auprès de six juridictions. D’autre part, nous avons éclairé le regard sur la pratique de la motivation au moyen de 36 entretiens menés avec les professionnels de la justice intéressés par la motivation des peines.
Notre ambition première étant de réaliser une recherche basée sur une analyse quantitative, et non sur une étude de cas topiques de la motivation à l’œuvre dans les juridictions sélectionnées, nous avons ainsi entendu proposer une capture de la pratique de la motivation des peines à partir de notre propre base de données issue des décisions de justice collectées et d’une série d’entretiens menés auprès des professionnels de la justice exerçant auprès de ces juridictions.
Durant trois ans, nous avons ainsi pu mener un travail qui rend compte de la réception, au sein de ces juridictions, de l’exigence de motivation des peines, et de la pratique de la motivation des peines.
Cette recherche est issue de l’appel à projet sur le thème : La motivation des peines correctionnelles
English version below / Résumé en anglais
Over the past five years in criminal matters, and four years in serious criminal and minor offences, the reasoning of sentences has evolved from a case-law requirement—gradually generalized in 2017–2018 through the combined effect of a “judicial revolution” and constitutional recognition—into a formal legal requirement established by the major Act of 23 March 2019, which acknowledged and consolidated this development.
The case law developed by the Court of Cassation to clarify the criteria for sentencing reasoning—depending on the type of penalty and type of proceedings—as well as the scope of its review of compliance with this requirement, seeks to make reasoning fully effective. It is now conceived as a comprehensive whole that trial courts must articulate. However, this case law alone does not make it possible to ensure that the generalization of the reasoning requirement is reflected in the practices of all lower courts, regardless of their size or the nature of the cases they handle, whether at first instance or on appeal. Moreover, the question remains open as to whether this requirement can be applied uniformly to all types of penalties.
These are parameters that can only be fully understood through in vivo observation of sentencing reasoning. This was the central aim of the present research, initiated in March 2019 by a team of researchers from the CDPC and the CERCOP at the Universities of Paris Nanterre and Montpellier, under the auspices of the Mission de recherche Droit et Justice. The project sought to address these issues by capturing judicial practice at the very moment when the requirement to provide reasons for sentences was emerging and becoming established in France.
To this end, we adopted an approach rooted in the sociology of the judiciary. On the one hand, we conducted an analysis of more than 1,000 judgments and rulings collected from six courts. On the other hand, we supplemented this analysis with 36 interviews conducted with justice professionals concerned with sentencing reasoning.
Our primary objective was to carry out a study based on quantitative analysis, rather than a series of illustrative case studies of reasoning practices within selected courts. Accordingly, we aimed to provide a “snapshot” of sentencing reasoning practices based on our own database of judicial decisions, combined with interviews conducted with legal professionals working within these courts.
Over a three-year period, this work has enabled us to document how the requirement to provide reasons for sentences has been received within these jurisdictions, as well as how it is implemented in practice.
This research stems from a call for projects on the theme: The Reasoning of Criminal Sentences.