L’attractivité de la profession d’avocat

Auteur•rice•s

Matthieu FEBVRE-ISSALY, Valérie SAGANT, Mélanie VAY

Publication

20 Avr. 2026

Le cycle d’ateliers organisé par l’Institut Robert Badinter, sur la sollicitation du Conseil national des barreaux et plus particulièrement du Centre de recherche et d’étude des avocats, analyse l’attractivité de la profession d’avocat dans un contexte de profondes transformations. Malgré une croissance démographique soutenue, une féminisation et un rajeunissement marqués, la profession connaît des départs importants, particulièrement durant les cinq premières années
d’exercice et davantage parmi les femmes.

L’image de l’avocat demeure très positive – prestige du statut, rôle symbolique de défenseur, attrait pour l’indépendance – mais l’écart entre représentations et réalités professionnelles apparaît décisif. L’exercice libéral et la forte dimension entrepreneuriale, souvent absents des formations initiales, génèrent parfois des désillusions, notamment dans les grandes structures où le travail peut être ressenti comme répétitif, segmenté et faiblement autonome. Le surengagement, la pression temporelle, les horaires élevés, les inégalités de revenus et de carrière, ainsi que les discriminations constituent des facteurs majeurs de démobilisation.

Parallèlement, le marché des services juridiques évolue : concurrence accrue, développement des plateformes en lignes, montée de l’intelligence artificielle générative. Si ces outils peuvent améliorer la productivité et réduire les tâches répétitives, ils interrogent la déontologie, les modèles économiques des cabinets et le rôle assigné aux collaborateurs.

Les ateliers soulignent enfin un déficit de données fiables sur les parcours, les revenus, les conditions de travail ou les reconversions, entravant l’analyse des dynamiques d’attractivité. Ils invitent à renforcer la connaissance de la profession, à mieux documenter les trajectoires et accompagner les premières années d’exercice, période clé où se joue la fidélisation dans le métier.

Version en anglais / English version below

Organized at the request of the National Bar Council and the Center for Research and Study of Lawyers, the workshops reveal a legal profession that is attractive to newcomers but faces high attrition rates, particularly among women. The gap between the profession’s prestigious image and reality – work
overload, limited autonomy, income inequality, and discrimination – fuels disengagement. The early stages of a career, often marked by repetitive tasks, client pressure, and a lack of prospects, constitute a critical phase. The legal services market is transforming: increased competition, online platforms, and
the development of AI are changing the organization of work and challenging professional ethics, while offering potential productivity gains. Finally, the workshops highlight a lack of data on career paths, working conditions, and career transitions, which limits the analysis of the profession’s attractiveness and
calls for better tracking of career trajectories.