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Attractivité de la profession d’avocat : entre prestige, mutations et nouveaux défis 

Comment expliquer qu’une profession qui a connu une croissance de plus de 25 % en dix ans soit aujourd’hui confrontée à des difficultés d’attractivité et de fidélisation  ? C’est la question au cœur d’une publication conduite par Matthieu FEBVRE-ISSALY, Valérie SAGANT et Mélanie VAY de l’Institut Robert Badinter (IRB), à l’initiative du Conseil national des barreaux (CNB) et de son Centre de recherche et d’étude des avocats (CREA). 

Au premier semestre 2025, quatre ateliers réunissant chercheurs, professionnels du droit et représentants d’institutions ont permis d’explorer les principaux facteurs qui influencent l’attractivité de la profession. Les échanges ont porté sur les transformations du rapport au travail, l’évolution du marché des services juridiques, les nouvelles exigences de régulation et de déontologie, ainsi que les mutations des modèles d’organisation des cabinets. 

Une profession attractive… mais traversée par des tensions 

L’image de l’avocat reste largement positive. Le prestige du statut, le rôle de défenseur des droits et des libertés, ainsi que les valeurs d’indépendance et d’autonomie continuent d’attirer de nombreux candidats. Pourtant, derrière cette représentation valorisée se cache une profession particulièrement diverse, marquée par de fortes disparités de revenus, de conditions d’exercice et de perspectives de carrière. 

Les travaux menés mettent en évidence un paradoxe : alors même que la profession continue de se développer, elle connaît des départs significatifs, notamment dans les cinq premières années d’exercice. Ce phénomène touche plus particulièrement les femmes avocates. 

Les conditions de travail au cœur de l’attractivité 

La publication identifie les conditions de travail comme un facteur déterminant de l’attractivité pour celles et ceux qui exercent déjà la profession. Parmi les difficultés les plus fréquemment évoquées figurent la surcharge de travail, les horaires élevés, la pression temporelle et la difficulté à concilier vie professionnelle et vie personnelle. 

Dans certaines structures, le travail est également perçu comme très segmenté, répétitif et laissant peu de place à l’autonomie ou à l’initiative. Pour les collaborateurs, la difficulté à développer une clientèle propre peut entrer en contradiction avec l’idéal d’indépendance qui motive souvent le choix de cette carrière. 

À l’inverse, les environnements favorisant le travail en équipe, l’acquisition de compétences variées, la progression professionnelle et le développement d’une clientèle personnelle apparaissent comme des leviers importants de fidélisation. 

Un marché des services juridiques en pleine transformation 

La profession évolue également dans un environnement marqué par des transformations profondes. Le développement des plateformes numériques d’information juridique et de résolution des litiges modifie les usages des justiciables. Toutefois, les premiers travaux disponibles suggèrent que ces outils contribuent davantage à élargir l’accès au droit qu’à détourner la clientèle des avocats. 

L’essor de l’intelligence artificielle générative constitue une autre évolution majeure. Déjà utilisée pour la recherche juridique, l’analyse de dossiers ou l’aide à la rédaction, elle soulève de nouvelles questions concernant l’organisation du travail, les modèles économiques des cabinets et les exigences déontologiques. Sur ces enjeux, l’Institut Robert Badinter a également consacré des travaux spécifiques aux conséquences de l’IA dans les métiers du droit (ajouter lien décoder l’IA). 

Mieux comprendre pour mieux agir 

Les ateliers ont enfin mis en lumière un manque important de données sur les trajectoires professionnelles, les revenus, les conditions de travail ou encore les reconversions. Ce déficit de connaissances limite la compréhension fine des dynamiques d’attractivité. 

La présente publication souligne ainsi la nécessité de mieux documenter les parcours des avocats et d’accompagner davantage les premières années d’exercice, période particulièrement décisive pour l’engagement dans la profession. 

Au-delà de son attractivité auprès des futurs professionnels, l’avenir de la profession d’avocat semble aujourd’hui reposer sur sa capacité à préserver ses valeurs fondatrices d’indépendance et d’autonomie, tout en adaptant ses modes d’exercice aux profondes mutations du travail et du marché des services juridiques. 

Lire la publication : https://institutrobertbadinter.fr/fr/publications/lattractivite-de-la-profession-davocat/