« Faillite », « insolvabilité », « difficultés économiques », « cessation des paiements », « surendettement », « incapacité financière » ou encore « impossibilité de payer » constituent autant de termes – non exhaustifs – mobilisés pour qualifier la défaillance économique d’un débiteur. Pourtant, malgré cette apparente abondance lexicale, l’examen approfondi de la notion de « défaillance économique » révèle l’absence de toute définition substantielle et stabilisée. Sa sémantique varie en effet selon les disciplines – juridiques, économiques ou sociales –, oscillant entre un concept englobant et une acception restreinte à la seule cessation d’entreprise, sans qu’émerge un véritable consensus.
La question acquiert une acuité particulière dans un contexte de crises successives : épidémie sanitaire, tensions géopolitiques, inflation, fragilisation des chaînes de valeur, etc. Ces facteurs contribuent à une augmentation significative des défaillances d’entreprises, générant un risque systémique de contagion susceptible d’affecter jusqu’aux particuliers dans leur activité de consommation. Dans ces conditions, la capacité des pouvoirs publics à appréhender et à prévenir la défaillance économique devient un enjeu majeur.
À cette dimension conjoncturelle s’ajoute un enjeu structurel : la compétitivité du droit français. Comparée aux systèmes étrangers – « Insolvency » en droit européen, « Bankruptcy » en droit anglais, « Unmöglichkeit » en droit allemand –, la notion française de défaillance économique se révèle particulièrement malléable. Cette plasticité terminologique et conceptuelle affecte sa portée normative et complexifie l’identification d’un périmètre clair d’intervention.
L’absence de définition rigoureuse rend de ce fait difficile tant son appréhension que la conception d’un traitement efficace. Selon que la défaillance est entendue comme un simple défaut ponctuel de paiement ou comme une incapacité définitive à couvrir la dette, le point de déclenchement de la réponse – préventive ou curative – varie considérablement. Cette indétermination soulève des interrogations fondamentales : comment anticiper une défaillance sans s’accorder sur ses éléments constitutifs ? Comment articuler les réponses lorsqu’elle concerne tour à tour entreprises, particuliers, organismes publics ou même États souverains ? Quel rôle attribuer à chaque acteur dans un paysage institutionnel et procédural hétérogène ?
La recherche met enfin en évidence qu’identifier les causes, les facteurs et les déterminants de la défaillance constitue un préalable indispensable pour élaborer des stratégies d’évitement ou d’atténuation de ses effets.
Ce rapport est le fruit d’un travail de recherche pluri et interdisciplinaire, voire transdisciplinaire, proposant une étude empirique et analytique, à partir de données quantitatives et qualitatives. Il vise à clarifier la notion de « défaillance économique », à en délimiter les contours et à en dégager les implications opérationnelles. L’objectif est de fournir des outils conceptuels et pratiques permettant de mieux prévenir les situations de défaillance et de limiter les phénomènes de contagion affectant les débiteurs, les marchés et, plus largement, l’économie.
Résumé en anglais / english version below
“Bankruptcy,” “insolvency,” “economic difficulties,” cessation of payments,” “over-indebtedness,” “financial incapacity,” and “inability to pay” are just some of the terms – and this list is not exhaustive – used to describe a debtor’s economic default. However, despite this apparent lexical abundance, a thorough examination of the concept of “economic failure” reveals the absence of any substantive and stable definition. Its meaning varies depending on the discipline – legal, economic, or social – oscillating between a broad concept and a meaning restricted to business closure alone, without any real consensus emerging.
The issue takes on particular urgency in a context of successive crises : health epidemics, geopolitical tensions, inflation, the weakening of value chains, etc. These factors contribute to a significant increase in business failures, generating a systemic risk of contagion that could affect even individuals in their consumer activities. Under these conditions, the ability of public authorities to understand and prevent economic failure becomes a major challenge. In addition to this cyclical dimension, there is also a structural issue: the competitiveness of French law. Compared to foreign systems – “Insolvency” in European law, ‘Bankruptcy’ in English law, “Unmöglichkeit’ in German law – the French concept of economic failure is particularly malleable. This terminological and conceptual plasticity affects its normative scope and complicates the identification of a clear scope of intervention. The lack of rigorous definition therefore makes it difficult to understand and to devise an effective response. Depending on whether default is understood as a simple one-off failure to pay or as a permanent inability to cover debt, the trigger point for the response – preventive or curative – varies considerably. This uncertainty raises fundamental questions: how can we anticipate default without agreeing on its constituent elements? How can we coordinate responses when it affects companies, individuals, public bodies, or even sovereign states? What role should each actor play in a heterogeneous institutional and procedural landscape ?
Finally, the research highlights that identifying the causes, factors, and determinants of failure is an essential prerequisite for developing strategies to avoid or mitigate its effects. This report is the result of multidisciplinary, interdisciplinary, and even transdisciplinary research, offering an empirical and analytical study based on quantitative and qualitative data. It aims to clarify the concept of “economic failure,” define its contours, and identify its operational implications. The objective is to provide conceptual and practical tools to better prevent situations of failure and limit the contagion phenomena affecting debtors, markets, and, more broadly, the economy.
